AvenioWeb

Chemin de navigation

 

Création du quartier Antigone – Historique

Contexte de création

© Photographie Claude O'Sughrue - Site d'Antigone le 8 août 1979

Jusqu’aux années 1970, Montpellier s’était développée essentiellement vers le sud et surtout le nord-ouest avec le déplacement du campus « hospitalo-universitaire » et la construction de la ZUP de La Paillade. La partie est de la commune est quant à elle longtemps restée relativement vide.

A la fin des années 1960, le Conseil municipal souhaitant rééquilibrer la ville, décide de créer un second centre sur l’emplacement d’un terrain militaire appelé « le Polygone du génie » qui jouxte la place de la Comédie dont il est séparé par la ligne de chemin de fer.

PO201 - M. Roman (Directeur des Services Techniques), Ricardo Bofill, Georges Frêche et Raymond Dugrand le 27 août 1979

Le lancement de l’opération « Polygone » amorce une première orientation de la ville vers le sud-est, avec un centre commercial, la nouvelle mairie, et plusieurs administrations d’échelle régionale et locale (INSEE, Equipement…) alignées le long de l'allée Henri II de Montmorency.

Un ensemble de tours d'habitation est aussi élevé entre l'avenue des Etats du Languedoc et l'allée du Nouveau Monde. Le tout forme une sorte de « pince ouverte » autour d'installations du génie militaire.

La jonction entre le centre commercial et la place de la Comédie sera opérée plus tard par une dalle franchissant la voie ferrée et qui accueillera l’immeuble Le Triangle.

Succédant à François Delmas, maire de Montpellier depuis 1959, Georges Frêche est élu le 20 mars 1977 et nomme le géographe Raymond Dugrand adjoint à l’urbanisme.

Ils ont pour projet de poursuivre le développement de la ville vers l’est, pour se raccrocher à l'histoire, mais aussi pour rapprocher la ville de ses accès, autoroute et aéroport. Sur les 20 hectares de terrain restant, ils souhaitent bâtir un quartier s'étendant jusqu'aux berges du Lez, lien naturel entre Montpellier et la mer Méditerranée. Ce sera le programme d’aménagement urbain Antigone, confié à l’architecte catalan Ricardo Bofill, fondateur éponyme du Taller de Arquitectura (l’Atelier d’Architecture).

 

Antigone avant Antigone

6Fi1508 - 2e Génie - Baraquements du Polygone

Terrains du Génie

Les 20 et quelques hectares de terrains séparant le Polygone du Lez sont occupés en grande partie par les installations et terrains militaires du Génie (9 hectares) : cartes et photos témoignent des nombreux bâtiments, hangars et baraquements, terrains de sport et Parc-à-Ballons qui occupent cet espace.

L’armée finit de libérer la totalité des bâtiments en juin 1979 après sept années de procédures d’acquisition.

La chapelle Saint-Georges (à droite) et l’oratoire Don-Bosco (à gauche). ©Lengadoc-info.com

L'association Don Bosco possède quant à elle une église, des bâtiments et des jardins sur plus de 5 hectares qui s’étendent de l’avenue du Pont Juvénal jusqu’à l’avenue Mermoz.

Dès 1893, un orphelinat y avait été fondé, qui s’était ensuite développé grâce à la générosité des industriels voisins, les Faulquier, propriétaires de l’usine de Villodève.

Les Faulquier avaient également financé en 1896 la construction de la chapelle de l’orphelinat par l’architecte Etienne Prat. En 1972, cette chapelle, devenue église Saint-Georges (paroisse du quartier Pont Juvenal) est alors condamnée pour risque d’effondrement.

A proximité immédiate, les Salésiens géraient un centre d’apprentissage dont l’aile principale du pensionnat est détruite par un incendie en 1977. C’est ainsi qu’en 1979 la Municipalité et les Salésiens trouvent un accord : les terrains sont cédés à la Ville et l’église Don Bosco est intégrée au cœur du nouveau quartier Antigone.

Les derniers bâtiments seront détruits en 1986.

L'usine de Villodève

Les terrains les plus proches du Lez étaient quant à eux occupés par une friche industrielle (4 ha.), l’usine de Villodève, propriété de la famille Faulquier, ayant cessé son activité en 1936.

Cette usine fabriquait bougies et savons et avait été au 19e siècle la plus importante de Montpellier, voire, selon certaines sources, de France dans ce secteur d’activité. Elle était l’héritière d’une ancienne usine installée dès 1725 à Lodève, dont était originaire la famille Faulquier.

6Fi939 - Usine Villodève

Au 19e siècle, c’est Rodolphe Faulquier (1847-1905), une des premières fortunes de Montpellier qui la possède. Les savons « Le Gaulois » de Faulquier cadet et Cie s’exportaient alors dans tout le bassin méditerranéen.

Plus de 300 ouvriers y étaient employés qui entraient par un grand portail situé route du Pont-Juvénal, sur l’actuelle place Faulquier.

Fermée en 1936, Villodève servira de « camp de triage » aux réfugiés espagnols en février 1939 par réquisition du préfet. L’usine appartenait alors à un certain M. Baudranol. Au début des années 1990, l’usine et son portail seront détruits. On les devine encore sur certaines photos du chantier d’Antigone. La cheminée de l’usine Villodève se situait approximativement sur l’actuelle place Dionysos, devant l’entrée de la Médiathèque Emile-Zola.

Le reste du site où allait se bâtir Antigone offrait enfin de vastes espaces naturels avec le Lez, ses berges, et les bois de Villodève.

 

 

  Le projet Antigone (19Fi)

19Fi22 - Perspective cavalière en couleurs incluant un aqueduc

En 1978, la Ville de Montpellier se porte acquéreur des terrains militaires et demande, l’année suivante, au Taller de Arquitectura de Ricardo Bofill d’engager une réflexion sur le site. En prolongeant l’axe d’urbanisation vers l’est, Ricardo Bofill veut faire écho à l’axe qui a structuré Montpellier à l’ouest, avec la promenade du Peyrou et l’aqueduc des Arceaux.

En 1980, l’étude préalable et le plan masse sont présentés en mairie. Quatre ans seront ensuite nécessaires pour régler la question foncière et faire accepter le projet par l’Etat.

En mai 1981 le projet est autorisé et l’enquête publique débute. Antigone se construit à partir de 1983 dans un style inspiré de la Grèce antique.

Symbole de la démocratie, il prend en référence l’architecture de la Grèce antique (colonnes monumentales, décors gréco-romain, reprise du nombre d’or...). Cette influence va jusqu’au choix des matériaux : un béton teinté pour imiter la pierre. Le centre commercial du Polygone marque le début du quartier avec les "Echelles de la ville".

A l’origine, la place du Nombre d’or était fermée ; elle a ensuite été ouverte sur les Echelles de la Ville pour ne pas enfermer le quartier qui se caractérise aujourd’hui par sa perspective qui permet d’apercevoir de bout en bout les extrémités de l’ensemble architectural. A partir de la place du Nombre d’or débute une allée principale longue de 900 mètres, jalonnée par des fontaines, des rangées de cyprès et bordée par des immeubles riches en arcades. Cette allée se termine sur les rives du Lez, à l'esplanade de l'Europe.

6Fi1033 - La Clé d'Antigone

 

Vue du ciel, le quartier prend la forme d'une clé, suivi d'un vaste amphithéâtre. Entre le Polygone et les berges du Lez où se dresse l'hôtel de région, le quartier d'Antigone accueille la piscine olympique et la médiathèque centrale. De nombreuses statues décorent le quartier, dont la reproduction de la Victoire de Samothrace qui trône fièrement face à l’Hôtel de Région.

Le label "Architecture contemporaine remarquable" est attribué à Antigone pour la place du Nombre d'Or et place du Millénaire par arrêté préfectoral du 18 avril 2019.

 

Sources

Fonds Ricardo Bofill - Planches du projet 19Fi

Sélection d'archives relatives à la Zone d'Aménagement Concerté Antigone

Sélection de photographies du quartier Antigone

 

Bibliographie

Franck Perdrizet, Plan du projet Antigone, 1980 https://www.montpellier.fr/4053-cartographie-ancienne-de-montpellier.htm

Fabrice Bertrand, « Rodolphe Faulquier (1847-1905) », Facebook groupe Montpellier histoire patrimoine https://www.facebook.com/groups/1260149944001383/permalink/1684595978223442/

Histoire de Montpellier, sous la direction de Christian Amalvi et Rémy Pech, Privat, 2015.

Bulletin n°13 des Eglises Don Bosco et Sainte Jeanne d’Arc, paroisse Saint Jean du Lez.

Ministère de la Culture, notice IA 34000304 rédigée par Jean Nougaret « Orphelinat de salésiens Saint-Jean-Bosco », Base «Patrimoine architectural » (Mérimée) https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA34000304

Montpellier votre ville, journal d’information municipale n°16, septembre 1979

ADH, 4M1823. Réquisition par le préfet Antoine Monis de l’ancienne savonnerie Villodève (Route du Pont Juvénal) appartenant à M. Baudranol (13-II-1939)

Laurent Viala, Anne Sistel, "Polygone" in Montpellier, la ville inventée, Editions Parenthèses, Montpellier, 2010.

Dominique Ganibenc, « L’Hôtel de Région en Languedoc-Roussillon (1986-1989) un chantier de recherche »Patrimoines du Sud [En ligne], 3 | 2016, mis en ligne le 01 février 2016, consulté le 15 octobre 2020. URL : http://journals.openedition.org/pds/1222 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pds.1222

Laure B., « Quartier Antigone – Montpellier » VIS[LE] VOYAGE, 7 novembre 2012 http://visle-en-terrasse.blogspot.com/2012/11/vis-le-voyage-quartier-antigone.html